French flair (& food), menu du 12 janvier 2026
Bonne année et bonne santé ! (intestinale)
J’anticipe : oui, le titre n’est pas des plus séduisants. Mais rassurez-vous, il ne sera absolument pas question ici de mono-diète raisin ou de detox tristounette d’après fêtes.
Aujourd’hui, on va parler de gut health (en anglais, avouons-le, ça fait instantanément plus glamour que « santé des intestins »!).
Depuis la parution en 2016 du livre Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders, qui avait commencé à mettre en lumière le rôle absolument central - et pas uniquement digestif - de notre système intestinal dans la santé globale, la santé intestinale a progressivement quitté le rayon « lubie de bobo perché » pour devenir maintenant une véritable lame de fond. En effet, loin du simple effet de mode, la santé intestinale s’est imposée comme un sujet central à la croisée de la santé, de l’alimentation et du lifestyle.
Good gut, good life
Avant toute chose, pourquoi parle-t-on autant de gut health ? Parce qu’il existe aujourd’hui un véritable consensus scientifique autour de son rôle clé dans notre bien-être global. En effet :
70% de notre immunité est directement liée au microbiote intestinal
La santé digestive influence l’énergie, l’humeur, le sommeil et même les capacités d’apprentissage
Après « Quand l’appétit va, tout va », « quand la santé intestinale va, tout va ».
Résultat ? La gut health est devenue une préoccupation centrale pour des consommateurs en quête de mieux-vivre à tel point que l’on parle même de « gutification » de nos alimentations et modes de vie. Preuve s’il en fallait une de cet engouement : le hashtag #GutHealth sur TikTok dépasse les 6 milliards de mention.
La singularité française
Si la thématique (et l’argumentaire commercial !) sont désormais largement installés dans le monde, des Etats-Unis au Japon, en passant par l’Europe, ils sont assez peu présents en France. Non pas que l’on n’ait rien à faire de notre santé intestinale, mais parce que, à l’image de Monsieur Jourdain qui fait de la prose sans le savoir, notre modèle alimentaire et culturel soigne déjà notre microbiote sans que l’on en ait forcément conscience. En effet, nous nourrissons notre microbiote à la fois par les aliments fermentés naturellement présents dans notre alimentation (pain au levain, fromages, cornichons, etc.) et par notre rythme alimentaire (des repas complets, à table, 3 fois par jour, et pas des grignotages tout au long de la journée – notre santé intestinale aime la régularité).
Les piliers de la gut health
Avant de regarder en détail comment la gut health révolutionne notre alimentation, aussi bien à domicile que dans l’hospitalité, voici un rapide rappel des 4 fondamentaux de cette bonne santé. Le but n’est pas ici de vous faire un cours de nutrition mais de comprendre ensuite plus concrètement les applications dans notre vie quotidienne.
1) Les fibres : elles viennent nourrir le microbiote. On les trouve originellement dans les végétaux et les céréales complètes (argument marketing qui monte)
2) La fermentation : présente dans beaucoup de préparations ancestrales de la choucroute au kimchi en passant par le lait fermenté (version tendance : le kombucha)
3) La famille des « biotiques » : les probiotiques, les prébiotiques et les symbiotiques (argument marketing le plus utilisé actuellement)
4) L’intégrité de la barrière intestinale : moins médiatisée. On va ici parler de porosité ou d’inflammation et de mode de vie de manière plus générale (stress, sommeil)
IAA : digérer les attentes des consommateurs
Si vous vous promenez dans un supermarché aux Etats-Unis, vous constaterez que de plus en plus de produits se répartissent autour de deux claims : « enrichis en protéines » (tendance dont nous avions parlé ici) ou « supports digestive health ». Choisissez votre camp.
Les rayons débordent de boissons avec des pré- ou des probiotiques, de snacks avec des aliments fermentés ou même de « gut shots » qui viennent faire un reset/detox de notre microbiote.
Dans les produits phares, on peut notamment citer :
Aux Etats-Unis : l’emblématique boisson « Poppi » avec son claim « Be gut happy », Olipop qui mentionne « gut health soda » ou la marque BelliWelli au nom évocateur et qui propose des sticks à emporter partout pour nourrir la santé intestinale
Au Royaume-Uni, la marque Bio&Me est une des références. Elle propose notamment des barres de snacking avec le claim « Gut health made easy ». Marks and Spencer a, quant à lui, carrément lancé une ligne de produits dédiés nommée « Good Gut » qui propose yaourts, snacks, salades ou petit-déjeuner « to help you thrive on the inside » (tdla : pour cultiver le bien-être de l’intérieur)
Au Japon, qui a une forte culture des aliments fermentés, la santé intestinale est aussi mise en avant mais dans une approche physiologique normale et moins « marketée ». On peut ainsi citer les marques Yakult ou Meiji
Cette nouvelle demande des consommateurs plus soucieux de leur bien-être et de leur alimentation provoque bien entendu des mouvements de fond pour les gros groupes de l’industrie agro-alimentaire qui voient bien le potentiel business associé. Ainsi PepsiCo a annoncé en mars 2025 le rachat de la marque de soda prébiotique Poppi (dont nous parlions juste avant) pour 1,95 milliard de dollars. Danone qui, pour sa part, a une vraie légitimité et antériorité sur le sujet notamment avec Activia, voit ses concurrents plus généralistes se rapprocher dangereusement. Le groupe doit donc réaffirmer son expertise et a racheté en juin 2025 The Akkermansia Company, une entreprise belge pionnière dans le domaine de la recherche scientifique sur la biotique.
Deux gros mouvements en l’espace de quelques mois qui seront sans doute loin d’être les derniers tant la gut health est devenue une tendance structurelle.
Hospitalité : nourrir pas uniquement l’appétit
On le sait, l’hospitalité ne se résume plus à offrir un lit et le couvert. Elle consiste désormais à proposer une expérience globale, pensée dans ses moindres détails. Et dans un contexte où l’équilibre et le bien-être sont devenus des priorités, l’argument de la gut health s’impose même comme un levier de différenciation commerciale à part entière, au même titre que la tendance holistique dont nous parlions ici et ici.
Impossible bien évidemment de parler de fermentation au restaurant sans mentionner le restaurant Noma qui en avait fait un élément central de sa cuisine et qui a aussi contribué à populariser, ou tout du moins à remettre au goût du jour, ce procédé ancestral par son livre Le guide de la fermentation du Noma acheté par les professionnels comme les particuliers.
Si le kéfir et le kombucha se sont imposés comme des alternatives régulières aux vins ou aux cocktails, la fermentation s’affirme désormais aussi comme un véritable « statement » dans l’assiette. De plus en plus d’établissements revendiquent ainsi les ferments comme le symbole d’une cuisine engagée, alignée et harmonieuse : harmonie intérieure (notre fameuse gut health) mais aussi harmonie avec l’environnement, puisque la fermentation permet souvent de valoriser des chutes de légumes ou de fruits. Sans oublier une troisième dimension, essentielle : l’harmonie entre le goût et le sens.
À Paris, on peut notamment citer le nouveau restaurant de Carrie Solomon, qui affiche clairement la couleur avec la signature « Bistrot vibrant, ferments et vins vivants », ou encore MY Fermentation, qui se définit comme un restaurant et un lieu de vie autour du vivant. À l’étranger, et plus précisément en Italie, Borgo Santo Pietro a installé, à l’image de Noma, un laboratoire de fermentation à proximité de ses cuisines, tandis que la trattoria plus casual associée au domaine propose même un Fermenting Garden Menu.
Les hôtels ne sont bien évidemment pas en reste et proposent de plus en plus, à une clientèle soucieuse de bien-être, des cures destinées à soigner la gut health. Les hôtels Six Senses ont ainsi notamment lancé un programme dédié « Eat with Six Senses » et le Grand Resort Bad Ragaz en Suisse propose une retraite “Tamina health” qui se concentre sur le bien-être de notre système digestif.
Enfin, toujours dans cette alliance nutrition/gastronomie, la marque américaine de compléments alimentaires TUSOL Wellness propose des smoothies gut health élaborés avec le Chef Christopher Kostow, ex-3 étoiles Michelin dans la Napa Valley, pour des produits « that are rooted in culinary excellence so you can treat yourself to optimal health daily » (tdla : ancrés dans l’excellence culinaire pour faire de la santé optimale un plaisir quotidien).
Mini guts, big business
Si les tendances food ciblent traditionnellement les adultes (jeunes ou plus vieux), la gut health s’impose désormais aussi dans l’alimentation des enfants. La raison ? Son impact supposé sur les capacités d’apprentissage, devenu un argument marketing de poids auprès de parents soucieux et souvent prêts à payer. Une cible de choix pour les industries agro-alimentaires. De nombreuses marques développent donc des produits spécifiques pour soutenir la santé digestive des enfants avec un discours santé plutôt orienté sur « ventre heureux » que sur un argument de santé pure. (Petite parenthèse : il n’est sans doute pas nécessaire de le rappeler mais une alimentation équilibrée quotidienne dans une vie normale suffit !). Les compléments alimentaires à base de pré- et probiotiques se multiplient pour les enfants, sous forme de sachet, de goutte ou de gummies (voire même de bonbons !) et les produits pour enfants avec un claim gut health sont de plus en plus courants en rayon
Bio&Me avec sa gamme enfant « supporting growing guts »
Once upon a farm avec ses gourdes à boire enrichies en fibres et probiotiques
Good Belly avec ses smoothies à destination de la famille « good for your guts, good for your day”
La tendance touche donc tout le monde de 7 à 77 ans.
Ainsi, vous l’aurez compris, s’il y a une chose à se souhaiter pour la nouvelle année c’est good luck and good gut !
Ce que les tendances disent de nous
Tous les ans, certaines prévisions publiées par des acteurs de référence fixent une dynamique, voire un véritable mood pour l’année à venir. Elles révèlent les attentes des consommateurs et servent de boussole aux grands acteurs pour affiner leurs stratégies produit.
Si l’on se réfère à Pantone (pour l’esthétique), McCormick (pour la saveur phare) et WholeFoods (pour les usages), voici ce qui se dessine pour cette nouvelle année qui commence :
Couleur : Cloud Dancer. Au-delà du blanc cotonneux déjà présenté, c’est toute une palette de couleurs nuancées, douces et discrètes qui s’impose
Saveur : le cassis (vive la Bourgogne !). Toujours sucré mais aussi acidulé il séduit par son goût et par sa très bonne image nutritionnelle, portée notamment par sa richesse en antioxydants
Usages : le convenience monte en gamme. Des plats gastronomiques au rayon surgelé, pensés pour recréer l’expérience du restaurant à la maison, aux produits instantanés (café, soupe, etc.) nettement plus qualitatifs, la praticité devient synonyme de plaisir assumé
Conclusion ? Des choix plus doux, plus simples. Un ajustement vers des couleurs qui apaisent, des saveurs qui font du bien, des produits pratiques qui tendent à préserver le goût et la qualité.
En une phrase, on veut du (ré)confort, bordel !



